Transition écologique : 3 questions à Mélanie Jeanneret, co-pilote CEC Provence Méditerranée

Mélanie Jeanneret-CEC

Interview de Mélanie Jeanneret

Mélanie Jeanneret est co-pilote de la CEC Provence Méditerranée. La CEC, Convention des Entreprises pour le Climat, mobilise les dirigeants d’entreprises pour penser des modèles économiques compatibles avec la planète et le vivant.

1- Vous qui accompagnez de grandes entreprises liées au transport, qu’observez-vous dans leur démarche de transition environnementale ? Y a-t-il une dynamique commune qui se dessine, une conviction ?

Nous observons une conviction partagée : le transport, qu’il soit routier ou maritime, doit impérativement se réinventer pour concilier nécessité économique et impératif écologique. Toutes reconnaissent que le transport doit se recentrer sur des activités vitales pour les humains et la planète — approvisionnement alimentaire, sanitaire ou industriel — et qu’il ne peut plus reposer sur des modèles énergivores et carbonés.

Les feuilles de route d’entreprises de notre territoire Provence Méditerranée, qui ont participé à la Convention des Entreprises pour le Climat, révèlent une dynamique commune : passer d’une logique de volume à une logique d’impact. Marfret engage une transformation profonde du transport maritime en intégrant la protection de la biodiversité et en investissant dans des navires et containers plus vertueux. CORSICA linea place la décarbonation au cœur de son projet, avec l’ambition de réduire de 40 % ses émissions d’ici 2030 et de tendre vers le Net Zéro dès 2040, tout en mobilisant son écosystème autour du corridor vert Corse–Continent.

Renault Trucks, qui a pris part à la CEC au niveau national, partage cette même conviction : sa feuille de route vise à réduire le nombre de camions sur les routes, à prolonger leur durée de vie, à développer l’électrification des véhicules et à développer des solutions de mobilité bas carbone pour le dernier kilomètre.

Au-delà de leurs spécificités, ces acteurs partagent une même certitude : il n’y a pas de transition possible sans coopération. Coopération au sein de la chaîne logistique, avec leurs clients, les territoires, les législateurs, mais aussi avec leurs propres collaborateurs qui deviennent des ambassadeurs de la transformation.

C’est un mouvement structurant, qui dépasse l’innovation technologique pour toucher à la gouvernance, à la culture d’entreprise et à la capacité d’entraîner tout un écosystème vers un modèle de transport plus sobre, plus circulaire et plus respectueux de la planète et des écosystèmes.

2- Si vous aviez 10-15 lignes pour convaincre de rejoindre le mouvement CEC, que diriez-vous ?

La CEC, c’est bien plus qu’un programme : c’est une expérience transformatrice. On y vient parfois par curiosité, on en ressort avec une conviction intime et partagée : l’entreprise peut et doit être un levier décisif de la transition écologique et sociétale.

Rejoindre la CEC, c’est accepter d’être bousculé par la science, l’intelligence collective et l’émotion, mais aussi de trouver des solutions concrètes, adaptées à son métier et à son territoire. On y découvre la force du collectif : en dialoguant avec d’autres dirigeants, d’autres secteurs, on réalise que les défis sont communs et que la coopération démultiplie notre capacité d’action.

C’est aussi un chemin de cohérence et de sens. Chaque dirigeant repart avec une feuille de route claire, ambitieuse et alignée avec les limites planétaires. Au-delà des chiffres, c’est une nouvelle boussole qui guide les décisions stratégiques, mobilise les collaborateurs et redonne de l’élan à l’entreprise.

Rejoindre la CEC, c’est finalement choisir de ne pas subir la transition, mais de la façonner. C’est se donner la chance de contribuer à une économie régénérative, plus sobre et plus résiliente, et de participer à écrire, ensemble, un futur souhaitable.

3- Comment peut-on lutter contre ce climatoscepticisme grandissant ? Comment rester mobilisés, motivés et comment continuer à embarquer ?

Face au climatoscepticisme, une première réponse me semble être la pédagogie : rappeler les faits scientifiques, mais aussi les relier à des réalités concrètes du quotidien. Quand on montre que la transition n’est pas une contrainte mais une opportunité d’améliorer la qualité de vie, de réduire les coûts ou de renforcer la résilience des entreprises, on déplace le débat.

Il est tout aussi essentiel de donner à voir les réussites. Les projets déjà engagés par de nombreux acteurs démontrent qu’il est possible de réduire fortement ses impacts tout en créant de la valeur. Mettre en lumière ces exemples positifs, locaux et sectoriels, est un antidote puissant au doute.

La mobilisation passe aussi par l’émotion et le sens. On embarque davantage en parlant de santé, d’alimentation, d’emploi ou de transmission aux générations futures qu’avec des chiffres. C’est en reliant la transition aux valeurs humaines que l’on crée l’adhésion.

Enfin, il faut entretenir l’énergie collective. Le partage d’expériences, l’entraide entre entreprises, la coopération avec les territoires et la reconnaissance des avancées nourrissent la motivation. Lutter contre le climatoscepticisme, c’est incarner une dynamique positive et entraînante, désirable, où chacun se sent légitime et utile pour agir.

C’est précisément le rôle du mouvement CEC, qui réunit déjà plus de 1 300 entreprises en France autour d’une même raison d’être : rendre irrésistible la bascule d’une économie extractive vers une économie régénérative avant 2030. On ne lâche rien !

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